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Un peu d’Histoire…

Les Fortifs
La Zone
L'église Sainte-Odile




L’histoire « urbaine » de notre quartier remonte à un peu plus de 150 ans, en gros au milieu du 19ème siècle. Avant 1840, notre quartier était couvert par des champs, des bois, et, paraît-il, de la … vigne !
Terres seigneuriales (dépendantes du seigneur de Clichy), puis réserves royales de gibier, ce sol que nous foulons était à égale distance de 2 châteaux :

  1. le Château des Ternes (rue Bayen)
  2. le Château de Monceau (place Lévis).

Il semblerait que notre quartier ait très longtemps dépendu de Clichy ou de Neuilly, même à partir de 1845, où il est pourtant situé à l’intérieur des fortifications, avant que Paris ne l’annexe officiellement en 1860. Le véritable essor de notre quartier se fait à partir des années 1850, sous l’impulsion d’Emile Péreire qui achète et revend des terrains à proximité du Chemin de Fer de Ceinture et perce de larges avenues (Av Gourgaud…). Le quartier commence à acquérir une très bonne réputation, et de nombreux hôtels particuliers (souvent magnifiques) et immeubles bourgeois fleurissent jusqu’au début du 20ème siècle, jusque sur la « voie de servitude des fortifications » (Bd Berhier côté n° impairs).

Au début des années 20, les fortifs sont démantelées, laissant la place, petit à petit, aux immeubles que nous connaissons aujourd’hui. Ainsi, les immeubles compris entre la porte Champerret et la rue de Courcelles, sont-ils construits, pour la plupart, entre 1924 et 1931. Notez que nombre de ces immeubles ont été conçus par l’architecte Jérôme Bellat, dont le square Bd Berthier porte le nom.

 
Les ilôts situés entre la Porte de Courcelles et la Porte d’Asnières sont achévés entre 1932 et 1933. A noter que tous les immeubles de la SAGJ (autour de Paris) ont été conçus par le cabinet de l’ingénieur Louis C. Heckly.



Les derniers immeubles construits dans notre quartier sur les anciennes fortifs sont le 174 Bd Berthier en 1952, et le 9-9 bis rue C.Mendès en 1954.

La 2ème poussée urbaine dans notre quartier concerne la « Zone » dans les années 70, avec tout d’abord la construction du Périphérique en 1972, puis la construction des immeubles des ilôts « Courcelles-Pitet Curnonsky » et « Caporal Peugeot-Jacques Ibert » à partir de 1976, et les immeubles de la Porte d’Asnières (20-24) en 1978.

Enfin, les années 80-90 verront le quartier Champerret-Courcelles-Porte d’Asnières se doter d’équipements sportifs et scolaires modernes, d’un mini parc des exposition (l’Espace Champerret), et l’implantation de deux écoles d’enseignement supérieur :

  • l’Ecole Européenne des Affaires, Porte Champerret (1992).
  • l’école des métiers de la table, rue J.bert (1981)

Les « Fortifs »

Après le traumatisme causé par l’occupation de Paris par les troupes russes en 1814, l’idée de construire une enceinte fortifiée autour de la ville prend une forme obsessionnelle dans l’esprit des gouvernants de cette époque.

Sous l’impulsion d’Adolphe Thiers, cette « muraille » est construite entre 1840 et 1845. Il s’agit d’une fortification continue qui ceinture Paris sur une longueur de 34 kilomètres. La construction de cet ouvrage provoque l’expropriation de nombreux habitants et l’annexion de nombreux villages périphériques (la Plaine Monceau, Montmartre, Passy …).
Elle est constituée de 94 bastions répartis régulièrement tout au long de l’enceinte et numérotés de 1(Porte de Bercy) à 94 (Porte d’Ivry).
Elle est « percée » de 51 portes, barrières ou poternes. Les bastions situés entre
la Porte d’Asnières et la Porte Champerret portent respectivement les
n° 46, 47 et 48.

Cette enceinte est constituée (de l’intérieur vers l’extérieur) :
- d’une voie de servitude de 6 mètres de large
(actuellement les Bds des Maréchaux).
       - d’un talus fortifié se terminant par un mur de 10 mètres de haut
       - (actuellement les immeubles situés entre les Bds des Maréchaux et l’Av St. Mallarmé, l’Av E. Massard, l’Av Brunetière).
- d’un fossé sec de 40 mètres de large.
- d’une contrescarpe en pente légère.
- d’un glacis de 250 mètres de long.

La partie comprenant le fossé et le glacis est déclarée « zone non aedificandi », c’est à dire non constructible, de manière à permettre à l’artillerie de défendre les abords de la capitale. Cette zone sera pourtant très rapidement investie par une certaine frange de la population. (voir « la Zone »). Contestée dès sa construction, cette enceinte n’empêche malheureusement pas l’occupation de Paris par les prussiens (allemands) en 1871, après un siège de 132 jours.
Suite à ce désastre, et aux progrès de l’artillerie qui rendent obsolète ce genre de « défenses », et face à la population grandissante de Paris, le démantèlement de l’enceinte de Thiers est sérieusement envisagée dès 1882. Elle devient un lieu de promenade dominicale pour beaucoup de parisiens et sujet d’inspiration pour quelques artistes dont certains auront une immense renommée posthume.  

Elle ne sera démantelée qu’entre 1920 et 1929, pour laisser, petit à petit, la place aux infrastructures que nous connaissons aujourd’hui.

La « Zone »

Dès la construction de la fortification, les terrains situés au delà des murs, à savoir le fossé et le glacis sont déclarés
« zone non aedificandi » (zone non constructible).
La construction d’habitations de quelque nature que ce soit est interdite, de manière à laisser cet espace à découvert pour permettre la défense de Paris. Pourtant, cette zone, couverte de bois, de champs, va connaître un début d’urbanisation, avec l’implantation de « hameaux », souvent occupés par des paysans dont les terres se trouvent à proximité.
Malheureusement, en 1870, les troupes allemandes approchent de Paris. Les autorités décident alors de raser ces hameaux et les bois qui les entourent. Ainsi, les abords de Paris prennent-ils l’allure d’un immense terrain vague d’où rien ne dépasse.
Cette précaution sera inutile car les troupes prusses organiseront le siège de Paris bien au delà de cette zone, à l’abri des pièces d’artillerie parisiennes.
Après 132 jours de siège, Paris capitule le 28 janvier 1871, la Commune commence. Elle se terminera dans le sang en mai 1871. Après ces évènements tragiques, la vie reprend de plus belle, et une 2ème phase d’urbanisation commence. La ville de Paris se développe, mais elle se trouve à l’étroit dans ses murs. Toute une partie de la population (la plus pauvre) se retrouve rejetée au-delà des murs, dans cette zone dont le statut n’a pourtant pas changé. Paris se retrouve alors ceinturé par une espèce de bidonville ou se côtoient marginaux, fripiers, chiffonniers... C’est un véritable capharnaüm de roulottes, cabanes en bois ou en cartons où l’on trouve cependant guinguettes ou cabarets mal famés. Les habitants sont alors surnommés « Zonards », mot passé dans la langue française usuelle.
La zone au delà de notre quartier va très vite se spécialiser dans l’automobile. Ainsi, entre les portes d’Asnières et Maillot, c’est une multitude de garagistes qui vont s’installer.
On y trouve des carrossiers, des ré aléseurs de culasse, des spécialistes des radiateurs, des freins…

 
Ces garages disparaîtront avec la construction du Périphérique entre 1972 et 1973.
En 1930, une loi permet à la Ville de Paris de construire sur la Zone, à condition de construire dans le même temps, et dans les mêmes proportions, des espaces libres. En 1953, Bernard Lafay (élu du 17ème et ministre) fait voter une loi qui réglemente l’urbanisation de cette ceinture. Elle stipule que « l’on pourra édifier, sur 20% de la surface, des immeubles ou des équipements d’intérêt public en compensant par une surface équivalente d’espace libre sur la zone concernée ou ailleurs dans Paris ».
Les effets de ces 2 textes sont aisément visibles lorsqu’on circule sur le Périphérique. En effet, Paris est entouré de stades, espaces verts, groupes scolaires ou gymnases.
Dans notre quartier, nous avons hérité d’un parc des expositions (l’Espace Champerret), de deux écoles d’enseignement supérieur, de deux gymnases, d’une piscine, d’une école primaire, de cours de tennis et de jardins publics (jardin Sainte-Odile, promenade Bernard Lafay…).



L’église Sainte-Odile

En 1934, le Cardinal Verdier, Archevêque de Paris, propose à Monseigneur Loutil, curé de St François de Sales, de superviser la construction d’une église supplémentaire dans le 17ème .  Monseigneur Loutil accepte, mais lorsque la question du financement de cet édifice se pose, il s’entend répondre que l’Eglise ne déboursera pas un sou pour la construction.
Monseigneur Loutil se retrouve donc, à 71 ans, avec un chantier à réaliser, et pas un sou pour l’entreprendre.
Qu’importe, il mènera à bien sa « mission ».
Alsacien d’origine, il décide de dédier cette église à Sainte Odile, Sainte Patronne des Alsaciens.
La Ville de Paris lui donne le choix entre deux parcelles situées sur la « Zone ». L’une d’elles se situe à proximité des Batignolles, l’autre à deux pas de la Porte Champerret. C’est cette dernière qui est sélectionnée.
Monseigneur Loutil fait alors appel à un jeune architecte de 31 ans, Jacques Barge.
La forme de la parcelle empèche une architecture « classique ».
L’architecte va donc composer avec, et proposer un édifice de style byzantin.
Les travaux commencent en 1935, avec des fonds de généreux donateurs, et les droits d’auteur de Monseigneur Loutil, homme d’Eglise, mais aussi homme de lettres, connu sous le nom de Pierre l’Ermite.
Monseigneur Loutil participe activement aux travaux en charriant lui-même matériaux et gravats (voir image).
En 1936, les travaux sont stoppés suite au front populaire.
Les travaux sont de nouveau stoppés au début de la guerre.Ils reprendront sous l’occupation, dans des conditions souvent très difficiles. Ainsi, le coq du clocher (gros comme un poney !) fut-il installé de nuit, pour éviter que les allemands ne le saisisse, pour le fondre. L’église a souffert des combats de la Libération, puisque des collaborateurs, pourchassés par des FFI, se réfugièrent dans le clocher. Le clocher fut alors copieusement mitraillé, et le coq pris quelques impacts de balles(voir photo), ce qui nécessita son remplacement par la suite.
Jacques Barge fut secondé dans sa tâche par 3 artistes :
François Decorchemont, maître-verrier, travailla les 5 tonnes de cristal teint dans la masse dont sont composés les vitraux.
Anne-Marie Roux-Colas sculpta la façade, les bas-reliefs sous les verrières et la statue de la Vierge dans l’église.
Enfin, Robert Barriot sera chargé de réaliser le retable.
Il s’agit d’une oeuvre monumentale, composée de 7 panneaux en émaux, les plus grands réalisés d’un seul tenant au monde :
3,20 M de haut sur 1,00 M de large chacun.
Cette composition a nécessité la construction d’un four spécial dans la crypte de l’église.
Quant aux cloches, prêtes en 1941, elles passèrent toute la guerre cachées dans des tonneaux, dans une ferme près de Chartres. Elles sont au nombre de 3, et pèsent 2100, 900, et 450 Kg. Le clocher abrite aussi un carillon composé de 23 cloches de 22KG à 282 Kg.
Le 17 novembre 1946, l’église est enfin achevée (enfin presque, car les cloches ne seront installées qu’en 1949 !).
Conçue à l’origine pour être un lieu de pèlerinage pour les alsaciens, l’église, sous la poussée démographique du quartier, devient paroisse le 19 avril 1953. Monseigneur Loutil décède le 18 mai 1959, à l’âge de 96 ans !
L’histoire de ce monument est d’une incroyable richesse. Difficile de tout vous raconter ici. Je dois vous avouer que je la regarde d’un œil différent depuis que je connais son histoire.
Il semblerait que la paroisse envisage d’organiser des visites, renseignez-vous. Sinon, je vous conseille le site suivant :
 http://sainte-odile.chez.tiscali.fr



 

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